mai 15 2018

« Passer entre les mailles du filet »

Le service de médiation de dettes de la VSZ constate que pour un nombre croissant de personnes endettées avec de petits revenus il n’y a pas d’espoir. Ils passent entre les mailles du filet. Le porte-parole de la VSZ, Bernd Lorch, s’est entretenu avec Mario Leyens, médiateur de dettes.

Le nombre de dossiers au sein du service de médiation de dettes est en diminution alors que le nombre de conseils juridiques augmente. Pourquoi ?

Mario Leyens: C’est vrai, effectivement. Surtout le nombre de consultations juridiques n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Je constate que le nombre de personnes surendettées qui s’adressent à la VSZ n’ont aucun solde. Ca veut dire que leurs revenus sont si faibles qu’il ne reste plus rien à la fin du mois.

Quelles sont les conséquences ?

Le problème, c’est qu’on ne peut pas établir un plan de remboursement. Même un règlement collectif de dette est impossible comme il n’y a pas de solde. Cela n’aurait aucun sens. Un tel dossier serait clôturé par le tribunal du travail pour cause d’échec après deux ou trois ans. En outre, cela signifierait des coûts supplémentaires pour les personnes concernées. Et pour la VSZ, cela signifie que ces personnes n’entrent même pas dans les statistiques.

Pourquoi ne peut-on pas aider ces personnes ?

Il y a plusieurs raisons à cela. Le plus important, cependant, c’est une qualification professionnelle insuffisante. La plupart de ces personnes n’ont aucune formation ou presque. Sans profil professionnel, les chances sur le marché du travail sont minimes. Certains ont en plus une histoire de drogues derrière eux, d’autres sont des immigrés et maîtrisent mal les langues du pays… alors cela devient difficile sur le marché du travail.

Tu peux nous citer un exemple ?

Il y a peu, un jeune père de famille s’est présenté ici. Il est marié et a 2 enfants. Il provient d’un environnement difficile et a également une histoire de drogues derrière lui. Cet homme perçoit un peu plus que 1000 € d’allocations de chômage. Son épouse est également sans revenus. Cet homme n’a jamais réellement travaillé et n’a pas suivi de formation… La situation familiale est à tel point sinistre que la femme aurait également des problèmes à trouver un emploi. Le jeune homme trouverait tout au plus un emploi dans un secteur économique à bas salaire, s’il en trouve un.

Il aurait au moins un travail ?

Mais à quel prix ? Faisons le calcul : supposons qu’il gagnerait 1400 € pour 40 heures par semaine. D’abord, il faudrait tenir le coup. Mais avant ça, il lui faudrait d’abord payer un moyen de transport ou au moins un abonnement de bus avec de l’argent qu’il n’a pas. Et même si ça fonctionnait, on aurait une différence de 150 euros qui seraient utilisés pour payer les dettes. Dites-moi : comment motiver ce jeune père de famille pour changer quelque chose à sa situation ?

Et un projet d’intégration ?

Oui, peut-être. Mais à mes yeux, les projets d’intégration sont souvent de trop courte durée. J’ai déjà compté un certain nombre de personnes parmi ma clientèle qui avaient participé à ce genre de projet d’intégration et se retrouvaient devant moi avec une montagne de dettes. Il y en a certainement qui y arrivent. Mais tous… j’en doute.

Quelles conditions pourraient améliorer la situation ?

C’est difficile à dire. Cependant, il n’est pas acceptable qu’une personne qui travaille gagne en fin de compte exactement la même chose ou dans certains cas même moins qu’une personne qui ne travaille pas. C’est pourtant le cas.

Ca veut dire que le secteur économique à bas salaire paie trop peu ?

En effet. Et ce genre de situation est de plus en plus fréquent. D’un côté, on a les personnes issues de l’immigration, d’un autre côté on trouve des personnes ayant un passé difficile ou des personnes venant d’un entourage où ils n’ont jamais connu une vie professionnelle normale.

Ils ont quel âge, ces gens-là ?

Ca varie. Ca va de 25 ans jusqu’aux gens peu avant l’âge de la retraite. Mais avant tout, le problème ce situe dans les secteurs économiques à bas salaire. Si vous avez travaillé toute votre vie dans ce secteur, si vous êtes parvenu à joindre les deux bouts tant bien que mal, si vous avez contracté un ou plusieurs crédits, cela peut avoir des conséquences fatales pour votre pension. J’ai régulièrement affaire à des personnes qui disposent de trop peu de revenus pour payer leursm factures parce que leur pension est trop basse.

Que se passe-t-il avec ces personnes qui passent entre les mailles du filet ?

Il existe probablement l’une ou l’autre personne qui arrive à sortir de la misère en travaillant durement, mais c’est plutôt l’exception. La plupart se sont arrangés dans la pauvreté parce qu’il n’y a pas d’alternative.

Cela existait aussi auparavant ?

Cela fait 16 ans que je travaille comme médiateur de dettes. Je ne me souviens pas avoir connu de tels cas au début de ma carrière. Et ces cas se multiplient ces dernières années. Je suis pratiquement certain qu’il s’agisse d’un problème généralisé. Il y a toujours eu des personnes qui ont occasionné des coûts à la société sans pourtant avoir de grands espoirs à pouvoir sortir de la misère. Mais il y en a de plus en plus pour qui il n’y a pas d’espoir.

Depuis 16 ans, Mario Leyens est médiateur de dettes à la VSZ asbl.

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